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OTAN : moins d'indépendance et moins d'influence

Il y a quelques jours, le Président de la République a annoncé le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN. Comme les vingt-cinq autres États membres d’Amérique du Nord et d’Europe, notre pays s’est engagé dès le début à respecter les objectifs du Traité de l’Atlantique Nord signé le 4 avril 1949, notamment la clause d’assistance mutuelle en cas d’agression.

Le Général de Gaulle avait décidé de quitter en 1966 le commandement militaire intégré ainsi que tous les comités ou groupes où prenait corps l’intégration des politiques de défense des pays de l’Alliance. De Gaulle estimait en effet que la participation de la France à ces organes de décision mettait en péril « l’entier exercice de sa souveraineté ».

Au terme d’un débat qui a eu lieu à l’Assemblée nationale, le Premier ministre François Fillon a décidé d’engager la responsabilité de son gouvernement sur ce revirement brutal dans de la politique étrangère et de défense de la France, rompant ainsi un consensus historique au sein de la Nation.

L’argument principal développé par le Premier ministre pour justifier le choix du Président de la République est le besoin d’augmenter l’influence de la France sur les choix à venir au sein de l’OTAN, pour ne pas dire sur les décisions à venir des Américains. Cet objectif relève à mon sens de l’illusion la plus parfaite : jamais les États-Unis n’ont consenti depuis 1989 à modifier les conditions du fonctionnement d’une structure devenue au fil du temps très lourde, puisqu’elle comprend désormais plus de 15 000 militaires. François Mitterrand puis Jacques Chirac avaient fait en vain de cette nécessaire réforme la condition du retour de la France au sein du commandement militaire.

L’argument suivant lequel la France pourrait enfin peser réellement sur le processus de planification de défense est tout aussi fallacieux. Le poids des États-Unis dans l’Alliance empêche de fait son européanisation. Les désillusions de Tony Blair puis de Gordon Brown en sont les témoins.

La construction de l’Europe de la Défense, que le Parti socialiste appelle de ses voeux depuis longtemps, risque en outre de se trouver une fois de plus ralentie. Par sa diplomatie indépendante, la France avait jusqu’à présent un statut à part qui pesait sur la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) dont elle est un des moteurs. La décision de Nicolas Sarkozy replace la PESD sous influence américaine : l’OTAN devient un substitut facile à une politique européenne de défense audacieuse. Dans un monde multipolaire, Nicolas Sarkozy semble resté à l’heure de l’affrontement des blocs. Sa décision aura à coup sûr des conséquences majeures sur la crédibilité dont la France bénéficiait jusqu’à présent dans le monde entier.

Le retour de plein pied de la France dans l’OTAN est certainement décidé au plus mauvais moment. Vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’OTAN est aujourd’hui en manque de projet, créant d’importantes divergences de vues entre ses membres.

Avec mes collègues du groupe socialiste, radical et citoyen, j’ai donc voté contre la proposition faite par le Gouvernement, d’autant que je pense que les Français ont aujourd’hui d’autres préoccupations.

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