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Face à la crise économique qui s'annonce, il faut anticiper

Mardi 14 octobre sur France inter

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La crise financière occupe actuellement tous les esprits, mais il ne faudrait pas qu’elle masque l’autre crise, la crise la plus grave, c’est-à-dire la crise économique.

La crise financière a touché les banques, les institutions financières, certaines grosses fortunes, les épargnants et les titulaires de certains crédits (hypothécaires, à taux variable, etc.). La crise économique, pour sa part, touchera tout le monde et d’abord les plus modestes.

Qu’ils le fassent rapidement ou avec retard, les gouvernants ont réagi face à la crise financière. A coups de centaines de milliards d’euros, le système bancaire va être sauvé. Mais que fait-on pour prévenir la crise économique qui s’annonce ? C’est pour moi, aujourd’hui, le principal sujet d’inquiétude. Malheureusement, en France, rien n’est prévu pour le moment.

Les gouvernements des pays occidentaux dépensent des centaines de milliards d’euros ou de dollars pour renflouer les banques. Ce sauvetage était nécessaire, car si quelques banques avaient fait faillite, nous serions entrés dans une grave crise de solvabilité qui aurait entraîné des faillites à la chaine. Mais ces interventions laissent un goût bien amer. Alors qu’il était si difficile de trouver quelques centaines de millions d’euros pour lancer le RSA, on trouve du jour au lendemain des sommes cent fois plus importantes pour renflouer les banques. Alors qu’il est si difficile de trouver de l’argent pour investir dans l’avenir ou dans l’environnement, pour favoriser l’emploi ou pour permettre aux collectivités locales d’améliorer le services aux citoyens, on est capable de mobiliser ces sommes colossales qui ne serviront à rien d’autre sinon à corriger les erreurs accumulées par un système absurde et des dirigeants qui, au passage, se sont remplis les poches. Cela revient, comme on l’a dit, à privatiser les gains et nationaliser les pertes. Oui, on ne pouvait pas faire autrement, mais cela n’enlève rien au scandale !

Il faudra s’interroger très en détail sur les causes de ce désastre. Il y a des gens qui pensent qu’il n’y a que des responsabilités individuelles – c’est ce qu’a dit Nicolas Sarkozy. Cela revient à exonérer le système lui-même. Or c’est lui est qui est fondamentalement en cause. Certains pensent que tout cela provient d’un défaut de régulation. Exact, mais pas suffisant. Quant on prend un peu de recul, on se rend compte que depuis une décennie, notre modèle de croissance a été fondé sur la hausse de l’endettement et sur les inégalités, qui ont conduit de nombreux ménages pauvres dans la spirale du surendettement. Certain pays ont même fait du secteur financier un des piliers de leur économie – je pense notamment à la Grande-Bretagne. La crise financière que nous vivons depuis l’été 2007 (elle remonte déjà à plus d’un an) représente l’effondrement d’un système économique qui a été contraint à l’hypertrophie de la finance faute de trouver ailleurs – dans l’économie réelle – les ressources nécessaires à sa croissance. Parce que nous n’avons pas suffisamment protégé et dynamisé notre tissu productif – les industries et les services -, parce que nous n’avons pas suffisamment garanti un juste partage des richesses, notre système économique s’est déréglé en profondeur. Des mécanismes et des produits financiers de plus en plus complexes ont été produits, en quelque sorte pour continuer à faire illusion. Et puis un jour, il n’a plus été possible de rajouter encore un étage et tout a commencé à craquer.

Cette analyse contient en creux le fantastique défi qui est le nôtre pour demain. Il faudra reconstruire un nouveau modèle économique qui rompe avec ces dérives. Cela impliquera trois priorités. D’abord, rééquilibrer le partage des richesses au profit des salariés. Ensuite, rompre avec l’idéologie du retrait de l’Etat et organiser le retour de la puissance publique pour investir, dynamiser et soutenir l’activité économique. Enfin, rompre avec l’idéologie du libre-échange, qui nous laisse impuissants et désarmés dans la mondialisation, au profit d’une approche pragmatique du juste échange. Il ne s’agit pas d’être protectionnistes ; simplement réalistes.

Après la crise financière, cette triple réorientation apparaît presque comme une évidence. Pour ma part, avec d’autres, je propose cela depuis longtemps. Il y a quelques mois, on nous traitait de gauchistes lorsque nous disions cela. Aujourd’hui, on nous écoute avec attention. Je me réjouis de ce renversement ! Oui, la réalité a donné raison à tous ceux qui défendent depuis longtemps ce que l’on appelle une ligne politique résolument de gauche. Les autres – les partisans du social-libéralisme – sont un peu gênés… Ils croyaient faire modernes en arborant les habits du libéralisme. La réalité leur a donné un sacré coup de vieux !

Cette réorientation du capitalisme financier, que je porte notamment avec Martine Aubry et Laurent Fabius, dans le texte que nous proposons aux votes des militants socialistes en vue du congrès du Parti socialiste de novembre prochain, c’est le long terme. Mais que faire dans le court terme ? Je disais pour commencer que notre principale préoccupation devrait être d’anticiper la crise économique qui commence et tenter d’en limiter les effets. Nous avons besoin d’un véritable plan de redémarrage de l’activité économique et du pouvoir d’achat.

Que faire ? Nous avons besoin d’urgence d’un grand plan de soutien aux PME qui commencent à être durement touchées. Dans le même temps, il faut relancer l’investissement dans la recherche, dans l’innovation, dans les infrastructures non-polluantes. Comment financer ce plan ? A l’échelle de la planète, les liquidités restent abondantes. Il faut aller les chercher. Je propose une mesure qui pourrait être adoptée très rapidement : lancer un grand emprunt européen par le biais de la Banque européenne d’investissement. Car il est évident que l’Europe est le bon niveau pour agir.

La crise financière va amplifier gravement les difficultés de pouvoir d’achat. De nombreux salariés vont se trouvés jetés dans la précarité. Et les effets sur la consommation, donc sur l’activité économique, vont être désastreux. Il faut agir fort et au cœur du problème, c’est-à-dire sur les salaires. La crise économique qui s’annonce justifie l’organisation rapide d’une conférence salariale pour mettre en place avec tous les acteurs concernés un plan de relance du pouvoir d’achat.

Cette crise va aussi avoir des conséquences dramatiques pour le logement. La remise en cause des programmes de construction, annoncée par les grands promoteurs, va entraîner une aggravation de la pénurie de logements bon marché à louer. Il faut relancer la mise en chantier de logements sociaux. Cela permettra en outre de limiter la casse pour l’activité du secteur du bâtiment. Il faut aussi se tenir prêt à mettre en œuvre le blocage des loyers au cas où la diminution des mises en chantier entraînerait un dérapage des loyers.

Les collectivités locales sont dans une situation très périlleuse. Elles vont être étranglées par le désengagement de l’Etat et le resserrement du crédit. Le plan de sauvetage de DEXIA n’est pas suffisant. Il faut que l’Etat s’assure que cet établissement continue de financer les collectivités pendant la tourmente. Je suis favorable, si la situation de la distribution du crédit par DEXIA ne s’améliore pas dans les prochains jours, à une nationalisation temporaire de la banque, en tout cas pour ce qui concerne ses activités françaises. Cette formule des nationalisations temporaires avaient été proposées par Dominique Strauss-Kahn.

Si ces quelques mesures étaient prises, elles permettraient d’emblée de s’attaquer aux principaux problèmes de notre pays : PME, investissement, pouvoir d’achat, logement, collectivités locales. J’espère que le gouvernement aura la sagesse de nous entendre.

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