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Edvige : quand Nicolas Sarkozy emboîte le pas à Bush

edvige.jpgPourquoi le fichier Edvige est-il inacceptable ? Le gouvernement – enfin une partie seulement – explique que ce fichier n’est que le prolongement d’une base de données datant de 1991 et créée par… un gouvernement socialiste. Nous serions pris en flagrant délit de contradiction puisque nous critiquerions aujourd’hui ce que nous avons créé hier.

Seulement, cet argument ne résiste pas à l’analyse. Le fichier Edvige n’a plus rien à voir avec son prédécesseur pour une raison fondamentale. En 1991, les critères définis permettant à l’administration de faire figurer un individu dans le fichier étaient précis : avoir recours à la violence ou lui apporter un soutien actif. La justification du fichier était donc claire : le danger représenté par des individus violents. Avec Edvige, le critère devient totalement indéterminé. Toutes les personnes « susceptibles de troubler l’ordre public » pourront désormais être fichées. Qui est susceptible de troubler l’ordre public et qui ne l’est pas ? Un syndicaliste pacifique, un enseignant engagé, un militant politique, un humanitaire dévoué : toute personne désireuse de s’investir dans une activité associative, syndicale ou politique pourra être fichée sur la base de ce critère vague. Il laisse une totale liberté à l’administration. Or l’arbitraire et le pouvoir discrétionnaire en matière de police sont le contraire de l’Etat de droit. Voilà le fond du problème et voilà pourquoi Edvige est si choquant. Et le scandale ne s’arrête pas là ! Contrairement au fichier de 1991, Edvige permettra de ficher des mineurs à partir de 13 ans. La santé et la vie sexuelle pourront être mentionnées, ainsi que les opinions politiques et les options religieuses.

Et que l’on ne vienne pas dire que la CNIL pourra contrôler le fichier. Elle fera son possible, certes, et je ne remets pas en cause la bonne volonté de ses dirigeants et de ses agents. Mais elle manque cruellement de moyens. En l’état, elle ne sera pas en mesure de s’assurer du bien fondé du fichage de l’ensemble des individus qui seront recensés.

Nous allons donc nous trouver confronté à une administration dotée de pouvoirs discrétionnaires sans qu’il existe de contrôles sérieux. Je ne veux pas faire de rapprochements hasardeux, mais quand l’obsession de la sécurité conduit à limiter l’Etat de droit, les dérives de Guantanamo ne sont pas loin. Décidément, M. Sarkozy est bien le cousin de M. Bush.

Des fichiers de police sont nécessaires. Mais ils doivent exister sur la base de critères précis et être soumis à un contrôle d’autant plus rigoureux qu’ils sont invasifs. Ces deux conditions ne sont aujourd’hui pas remplies. Je demande donc le retrait pur et simple du projet.

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