Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Changer le Parti socialiste pour changer la France

PRPS.jpgCollectivement, l’image renvoyée par les socialistes depuis quelques jours est désastreuse. La tentation est forte de renvoyer tout le monde dos-à-dos. Mais il faut creuser un peu derrière les apparences. Au sein de notre parti, certains privilégient le collectif, d’autres les aventures individuelles. Certains cherchent à construire un vrai rassemblement pour le changement, d’autres se contentent de vouloir rééditer les erreurs du passé. Certains privilégient le travail de fond et la transparence, d’autres l’insulte et l’insinuation. Je souhaite que chacun puisse comprendre la réalité des choix des uns et des autres. Je vais tenter de les expliciter.

Si l’on veut changer la vie quotidienne des Français, il faut renvoyer la droite. Pour y parvenir, il faut que le Parti socialiste se montre capable de gagner les élections. Et il n’y arrivera que s’il change en profondeur. Voilà l’analyse que j’ai faite, avec Laurent Fabius et nos amis, et qui motivent nos prises de position.

Voilà près d’un an, lors de notre réunion à Sciences-Po le 29 septembre 2007, nous avons fait le choix de débattre avec d’autres sensibilités socialistes pour tenter de reconstruire ensemble notre parti. Nous avons continué le travail et, au fil de nos réunions (en janvier 2008 au Sénat et le 1er juin lors de la journée nationale des reconstructeurs), un rassemblement possible s’est dessiné. Nous avons publié des textes communs et des tribunes qui ont montré notre convergence sur la conception du Parti socialiste, sur l’avenir de l’Europe et sur la nécessité d’inventer de nouvelles réponses à l’heure de l’épuisement de la social-démocratie traditionnelle. Au début, notre initiative a suscité l’incrédulité et a été accueillie par une certaine indifférence. C’est sans doute parce qu’elle apparaît maintenant comme plus crédible que certains se déchaînent contre elle !

Le week-end dernier, à le Rochelle, nous avons échangé avec Martine Aubry et ses amis, avec les partisans de Dominique Strauss-Kahn, avec Arnaud Montebourg et ses camarades, ainsi qu’avec les membres du NPS, notamment Benoît Hamon. Dans ces réunions, il a été surtout question de l’avenir de la gauche. Nous avons dialogué dans un esprit de réelle camaraderie en privilégiant le débat de fond sur les aventures médiatiques personnelles.

Tous ceux qui se sont retrouvés partagent aujourd’hui un même diagnostic : après 20 ans sans victoire présidentielle et 11 ans sans victoire législative, il est vital de changer en profondeur le PS. C’est l’intérêt général du parti qui l’exige. Les Français comprendraient-ils qu’après ces échecs, on maintienne à peu près les mêmes personnes, les mêmes candidats, les mêmes synthèses et les mêmes orientations politiques ? Nous cherchons à construire une nouvelle colonne vertébrale pour le Parti socialiste en réunissant des sensibilités qui partagent l’essentiel, c’est-à-dire l’ancrage à gauche du PS, le refus de la peopolisation de la vie politique et de la présidentalisation du parti, l’opposition vigoureuse au sarkozysme et l’exigence d’une refonte de la social-démocratie européenne. Certes, nous ne sommes pas d’accord sur tout. Mais pour gagner des élections, il ne faut pas simplement rassembler des gens qui pensent la même chose. Il faut être capable d’entraîner des sensibilités diverses. Et pour cela, il est indispensable de réunir des militants qui peuvent avoir des approches différentes sur telle ou telle question. Vouloir rassembler uniquement « ceux qui pensent la même chose », comme le proposent certains, est une absurdité politique et la meilleure recette pour rester éternellement minoritaire dans le pays.

Allons plus loin et regardons, là aussi, les faits. Où est le sectarisme ? Où se niche l’incohérence ? Le sectarisme est du côté de ceux qui, ces derniers jours, ont multiplié dans les médias les exclusives, voire les injures. Que reprochent-ils à Laurent Fabius ? D’avoir vu souvent juste, qu’il s’agisse de la laïcité en 2003, de la crise européenne en 2005, de la nécessité d’augmenter le pouvoir d’achat et d’abord le Smic en 2006, du refus de la TVA sociale en 2007 ou encore de la prise de conscience début 2008 d’un virage atlantiste et bushiste de la France en Afghanistan ? Pourquoi un tel rejet à notre égard ? On nous dit : les fabiusiens ne sont pas fréquentables parce qu’ils ont fait un choix différent du reste du PS en 2005. La manœuvre est un peu grosse. Pourquoi étions-nous redevenus fréquentables lors du Congrès du Mans, quand nous étions nécessaires à la synthèse, et pourquoi ne le serions-nous plus aujourd’hui ? Pourquoi des responsables comme Arnaud Montebourg ou Vincent Peillon, qui ont fait le choix du non, sont-il aujourd’hui des interlocuteurs acceptables et alors que nous ne le serions pas ? Tout cela montre bien qu’il ne s’agit que d’arguments de façade. L’ostracisme envers Laurent Fabius traduit avant tout la peur de certains de perdre la direction du parti ou de devoir se mesurer à l’un des seuls responsables socialistes qui a été capable jusqu’à présent de s’opposer efficacement (60 députés lui doivent leur siège) ou de proposer positivement un autre projet pour l’Europe.

Il ne faut pas être dupe de ces manœuvres qui consistent, par médias interposés, à installer la confusion. Au fond, deux destins s’offrent au Parti socialiste :

– Soit on réédite les recettes déjà essayées et qui ont conduit à l’échec (la présidentialisation du parti, la droitisation des analyses, la tentation de l’alliance au centre droit, la sous-estimation de la crise de la social-démocratie européenne, ainsi que la ritournelle de l’unité aux dépens du travail de fond et de la clarté de l’orientation politique). Ce sont des impasses.

– soit on change en profondeur – c’est l’autre destin possible pour le PS – pour affirmer un socialisme décomplexé. C’est ce qu’appellent de leurs vœux, chacun avec ses mots, son histoire, sa personnalité, Martine Aubry, Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Paul Huchon, Benoît Hamon, d’autres, et bien sûr ceux qui se rassemblent autour de Laurent Fabius. A ces responsables d’être à la hauteur du moment historique dans lequel se trouve le Parti socialiste en réussissant à bâtir, avec d’autres comme le pôle écologique de notre ami Géraud Guibert, un projet de reconstruction à vocation majoritaire. Y a-t-il aujourd’hui au sein de notre parti une autre proposition de changement à la mesure de celle-ci ? Y a-t-il une autre perspective collective aussi innovante ?

Une dernière question : parmi ces deux offres, laquelle redoutent à la fois N. Sarkozy, notre adversaire de droite, et O. Besancenot, notre concurrent d’ultragauche ? Poser la question, c’est y répondre.

Il faut refuser la confusion et contribuer à la clarification réclamée par tous les sympathisants de gauche. A ce stade, Martine Aubry présente de nombreux avantages qui font d’elle le pivot de ce rassemblement. Elle est le symbole de la gauche qui réussit localement. Elle incarne une ligne politique qui ne confond pas la gauche et la droite. Elle refuse la présidentialisation et se place sur le terrain collectif. Elle est capable, enfin, de rassembler largement autour d’elle.

Avec elle et tous ceux qui nous rejoignent, nous pouvons changer le PS et peut-être demain la France, donc l’Europe. C’est ce que nous espérons, ce qui nous fait aujourd’hui travailler durement, et nous fait résister aux attaques indignes auxquelles nous sommes confrontés. Il y va de l’avenir de la France et de l’Europe. Quant on pense à ces enjeux, on peut tout supporter !

Étiquettes: