Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Grenelle de l'insertion

GRENELLE DE L’INSERTION
« LES JEUNES ET L’ENTREPRISE »
INTERVENTION DE CLAUDE BARTOLONE
PRESIDENT DU CONSEIL GENERAL DE SEINE-SAINT-DENIS

Monsieur le Haut-Commissaire,
Madame la Maire de Montreuil, Chère Dominique,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Monsieur le Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris,
Mesdames et Messieurs les responsables associatifs et chefs d’entreprises,
Mesdames et Messieurs,

L’engagement politique nait toujours d’une révolte.

– La révolte de voir ces gamins quitter l’école sans diplôme ni qualification, et se résigner à avoir terminé leur vie avant même de l’avoir commencée.

– La révolte de voir ces jeunes diplômés passant plus d’un an au chômage parce que la morsure des discriminations est vive dans certains de nos quartiers. Ce constat-là est le pire ennemi de la promesse différée de l’éducation nationale.

– La révolte de voir ces femmes, ces hommes qui, au milieu de leur existence, connaissent des moments de grande détresse sociale, souvent à la suite d’un accident de la vie. Ces moments où l’on a le sentiment d’être de moins en moins un citoyen, et de plus en plus un Rmiste. C’est pour cette raison que le département espère bien plus du RSA et s’inquiète de voir qu’au bout du compte, c’est encore aux collectivités locales qu’il reviendra de payer l’addition de la solidarité nationale.

De ces révoltes-là, Mesdames et Messieurs, nait une priorité politique pour le département que je préside : l’emploi.

Nous n’avons pas à rougir de notre département. La Seine-Saint-Denis d’aujourd’hui, c’est déjà la France de demain. Notre population jeune, diverse, créative est une chance. Nos réserves foncières et notre attractivité économique renferment un immense potentiel de développement.

Mais allez donc parler de « chance » ou de « potentiel » à ces jeunes ou moins jeunes qui peinent à trouver le chemin de l’emploi parce qu’ils payent le prix de la crise sociale, de l’échec scolaire ou du cancer des discriminations !

Il faut maintenant se donner les moyens de sortir du rôle « d’observateur de potentiel » pour devenir « acteur de la réussite ». Voilà notre ambition.
Il serait vain de discourir sur les jeunes et l’entreprise sans appréhender ce sujet dans sa globalité. A quoi bon créer une entreprise si l’environnement économique et social est défavorable, si le territoire n’est pas attractif ou si les débouchés sont rendus improbables faute d’emploi et de pouvoir d’achat des habitants ?

Puisque j’évoque la question du pouvoir d’achat, et ce, en présence de Monsieur le Haut Commissaire à la lutte contre la pauvreté, je voudrais dire ma vive opposition à cette incroyable décision qu’a prise le président de la République de faire payer le financement du RSA par les allocataires de la prime pour l’emploi.

Au moment où l’augmentation du coût de la vie fait sentir sa morsure dans les catégories populaires et les classes moyennes ; au moment où l’on constate que les patrons français du CAC 40 sont les patrons les mieux payés d’Europe avec une rémunération annuelle médiane de plus de 6 millions d’euros (du fait de l’envolée des bonus et la valorisation des stock options), est-il ou non acceptable de demander aux salariés modestes de payer pour les plus pauvres ?
Mesdames et Messieurs, il n’y aura pas de création d’entreprise viable et d’emploi durable sans développement économique de la Seine-Saint-Denis. Il n’y aura pas de développement économique et de croissance sans justice sociale.

Ce n’est pas au marché de décider seul des zones de notre territoire qui ont droit au développement et de celles qui sont à tout jamais condamnées à l’état de friche. Les pouvoirs publics ont la responsabilité d’impulser, d’accompagner, d’encadrer le développement économique.

Si certains ont eu le sentiment ces dernières années que le Conseil général souhaitait se tenir éloigné de ces problématiques, qu’ils sachent que ce temps-là est révolu. Nous allons renverser la table en matière de développement économique pour faire du Département un acteur à part entière de l’emploi.

– Je veux faire venir de nouvelles entreprises en Seine-Saint-Denis.
– Je veux qu’elles s’y installent de façon durable.
– Je ne veux pas simplement qu’elles se posent en Seine-Saint-Denis ; je veux qu’elles y vivent.
– Je veux que nous aidions celles qui y sont présentes, notamment à l’export.
– Et puis je veux que leur création soit facilitée, avant tout quand elles sont issues de la jeunesse de nos quartiers populaires.

Pour relever ces défis, nous allons activer trois leviers.

– Le premier levier, c’est celui de l’attractivité du territoire. Cela suppose des outils et des moyens. Nous allons donner plus de force au comité d’expansion de la Seine-Saint-Denis en le faisant évoluer vers un rôle d’agence de développement. Marketing territorial, lobbying auprès du monde économique, sa mission sera claire : convaincre les entreprises que l’avenir est chez nous et qu’il ne se fera pas sans nous.

J’ai demandé à Gilbert Roger, vice président chargé du développement économique, de suivre attentivement ce dossier avec l’ensemble des partenaires de ce projet.

Mais l’outil en soi n’a aucun sens s’il n’est pas assorti de moyens en conséquence – Martin Hirsch sait de quoi je parle… Le département entend renforcer massivement son effort financier en direction du développement économique. Le soutien des pôles de compétitivité fera l’objet d’une priorité, de même que l’engagement en faveur des pôles générateurs d’un nombre important d’emplois.

Et puis – pourquoi le cacher ? – l’avantage d’avoir un peu de bouteille dans ce métier est que l’on a eu le temps et l’opportunité de faire des rencontres, d’entretenir des relations de confiance, y compris dans le monde économique.

Eh bien, j’irai démarcher personnellement quelques une des personnalités qui comptent dans le monde de l’entreprise pour les convaincre de parier sur la Seine-Saint-Denis. Pour être tout à fait franc, je n’ai pas attendu de vous le dire pour commencer à le faire !

– Le second levier, c’est le gagant-gagnant. Le département veut dire clairement aux entreprises qui recherchent une destination qu’il entend leur faciliter la vie. Par exemple en intervenant sur le foncier ou les transports. Mais aussi en étant partenaire du financement de crèches d’entreprises pour ceux de leurs salariés qui souhaitent résider en Seine-Saint-Denis ou qui y vivent déjà. Enfin, en participant à des « opérations logement » destinées à ancrer leurs salariés dans notre département.

Pourquoi vous dis-je tout cela, Mesdames et Messieurs ? Parce que je refuse que mon département ne soit que le dortoir de ses habitants et le bureau des autres. Je ne veux pas que les entreprises se contentent d’apporter de la taxe professionnelle aux communes, je veux qu’elles apportent de l’emploi aux habitants.

Les conséquences d’un développement économique incontrôlé peuvent être dramatiques. Lorsqu’une entreprise s’implante dans un quartier en donnant le sentiment aux habitants d’être condamnés à assister au spectacle de l’emploi sans jamais pouvoir y trouver leur rôle, cela peut engendrer les pires frustrations, parfois même la violence.

Nous serons au service des entreprises, parce que nous voulons que les entreprises soient au service des habitants de la Seine-Saint-Denis.

Je fixe l’objectif de signer d’ici à trois ans 100 contrats « partenaires pour l’emploi » entre le Département et les entreprises. Le deal est simple : engagez-vous à embaucher des habitants de la Seine-Saint-Denis, et nous participerons à la formation qualifiante dans votre métier.

Cet effort-là se concentrera plus particulièrement sur les publics jeunes et les allocataires des minimas sociaux.

Nous soutiendrons aussi les projets de centres de formation dans les entreprises. Pour ceux qui connaissent l’échec scolaire, je préfère l’école de l’entreprise que l’école de la rue.

Que l’on s’entende bien, je ne demande pas aux entreprises de faire du social ; je leur demande de faire de la rationalité économique. Lorsqu’une entreprise embauche des habitants d’un quartier, elle devient un peu la leur. Le quartier se l’approprie, en est fier, la protège parce qu’il sait qu’elle est un acteur de sa réussite. A l’inverse, lorsque l’entreprise donne le sentiment de n’avoir comme seul rapport avec la ville que le dispositif de sécurité qu’elle juge indispensable pour protéger ses salariés parisiens, sa venue est vécue comme une agression sociale par l’ensemble de la ville.

Pour éviter cela, je veux faire en sorte que les entreprises vivent dans la ville. A nous d’en créer les conditions en matière d’infrastructures, de transports, de services publics, de commerce de proximité ; à elles de venir embaucher ici.

– Le soutien aux jeunes créateurs d’entreprises sera notre troisième levier. Il serait fou de se priver de la jeunesse et de la créativité qui imbibent nos quartiers.

Cette volonté ne date pas d’il y a deux mois. Ministre de la Ville, j’avais lancé le dispositif Talents des cités qui avait vocation à adresser un message simple : lorsque l’on a grandi dans un quartier populaire, la réussite ne se résume pas à devenir Zidane. Autant jouer au loto. Aziz Senni, lauréat de la première édition, qui est parmi nous aujourd’hui, en sait quelque chose.

La réussite, lorsque l’on vit ici, peut passer par l’accès à une profession manuelle ou intellectuelle. Par une activité associative ou par la création d’une entreprise. On sait que dans nos quartiers, le talent ne manque pas, la volonté de créer une entreprise non plus.

C’est pourquoi nous allons lancer le programme « jeunes talents » destiné à soutenir et accompagner dans la durée les jeunes créateurs d’entreprises du département. Nous allons mettre plus de moyens en matière d’accompagnement dans la création d’entreprise. Nous allons permettre aux allocataires qui en font la demande de vérifier la faisabilité de leur projet et d’être soutenus dans sa mise en œuvre. Nous allons aussi donner plus de force au crédit solidaire, très demandé pour les activités de commerce, dans le domaine des services et dans le secteur du bâtiment.

L’idée n’est pas de réinventer l’eau tiède, mais d’accroitre notre effort et de le conjuguer avec celui de tous les partenaires qui partagent cet objectif. Associations, services publics, chambre de commerce et d’industrie, Medef : personne ne sera mis à l’écart par principe.
Je ne puis terminer mon intervention sans adresser deux messages au représentant (certes un peu atypique) du gouvernement. Un certain nombre d’élus présents dans cette salle s’associeront, je le crois, à mes propos.

Monsieur le Haut-Commissaire, les dernières décennies sont riches d’enseignement pour un département comme celui qui vous accueille aujourd’hui. Lorsque l’État a décidé que la ville de Saint-Denis accueillerait le Stade de France, le développement de toute la Plaine a été rendu possible. Idem pour les pôles de Roissy ou du Bourget. A chaque fois que l’intervention publique en a mis les moyens – et je pense tout particulièrement en termes de services publics – la redynamisation du territoire a été au rendez-vous. A 48 heures de la journée de défense du service public, c’est un terrible signal de la part du gouvernement que de s’adonner à la suppression massive de postes de fonctionnaires dans des domaines cruciaux pour la vie de nos quartiers.

Ne voyez pas en moi un affreux Jacobin, mais j’ai la conviction que le Département et la Région pourraient décupler leur effort, les entreprises être frappées d’une fièvre civique et sociale, l’ensemble des partenaires publics, économiques, consulaires se mobiliser plus encore, que ça n’y changerait rien : sans la volonté politique et les moyens de l’Etat, rien ne sera possible.

La Seine-Saint-Denis ne demande pas l’aumône, elle réclame les conditions de la réussite.

Second message, ne faisons pas comme si le sujet qui nous occupe aujourd’hui pouvait être déconnecté de la question du devenir de l’agglomération parisienne. Depuis des mois, de nombreux scenarii circulent. Les annonces se succèdent, les prises de positions se multiplient, les menaces se précisent – certains proposant même de supprimer les départements… Mais au-delà des aspects institutionnels et parfois technocratiques qui rythment ce débat, je voudrais dire que la Seine-Saint-Denis en attend d’abord un outil d’attractivité et de solidarité.

De ce point de vue-là, la réponse consistant, au nom de la modernité, à reproduire le périmètre de l’ancien département de la Seine que le Général de Gaulle avait considéré comme caduque il y un demi-siècle, me paraît assez éloignée de l’ambition qui doit être la nôtre.

Pour ma part, à un Grand Paris, je préfère une grande ambition. Alors parlons projet. Quelques grands dossiers doivent mobiliser notre réflexion dans les années qui viennent. Parmi ces dossiers, le développement et l’attractivité économiques.

Alors commençons par le commencement. Aujourd’hui, dans ce que l’on appelle la petite couronne, Paris et les Hauts-de-Seine bénéficient de 80% des recettes de la taxe professionnelle pendant que la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne se partagent les 20% restants.

Si l’on veut faire de ce projet un outil de développement territorial, je connais une mesure très simple à prendre : mettons en place le partage des richesses fiscales. Voilà une proposition, Monsieur le Haut-Commissaire, que je soumets à votre sagacité, et qui, jusqu’ici, a fait l’objet d’un accueil pour le moins réservé de la part de votre gouvernement.
Mesdames et Messieurs, tels sont les quelques messages que je souhaitais vous adresser. En tant que président du Conseil général, je ferai en sorte que la politique du département en matière de développement économique marche sur ses deux pieds : d’un côté, de grandes et belles entreprises dont nous accompagnerons l’installation, le développement et la pérennité pour qu’elles profitent aux habitants de la Seine-Saint-Denis. De l’autre, un tissu dynamique de petites entreprises innovantes créées par les jeunes talents que renferment nos quartiers.

Les uns et les autres doivent savoir maintenant que le Département se tiendra à leurs côtés pour faciliter leur projet et faire gagner la Seine-Saint-Denis.

C’est avant tout un enjeu d’insertion des plus fragiles ; c’est aussi un puissant vecteur de changement d’image de notre département.

Je vous remercie.

Étiquettes: