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« Le PS doit éviter le star-system »

logo_lp2.gifDéputé socialiste, ministre de la ville dans le gouvernement Jospin, Claude Bartolone vient d’accéder à la présidence du Conseil général de Seine-Saint-Denis, succédant au communiste Hervé Brami. Bien au-delà des cercles fabiusiens, Bartolone est aujourd’hui l’un des hommes forts du PS.

Admettez-vous que le style Sarkozy est en train de changer ?
Claude Bartolone. Nicolas Sarkozy est de nouveau dans les mains de ses communicants. Ils ont réussi à lui faire comprendre que le style Rayban-Rolex et cette permanente odeur d’argent, ça heurtait profondément les Français. Mais chassez le naturel, il revient toujours au galop. Je ne crois pas, de sa part, à une réelle et durable conversion à la sobriété.

Avec les promotions au sein de l’UMP de Xavier Bertrand et Nathalie Kocisuscko-Morizet, Nicolas Sarkozy est-il en train de tirer les leçons de son échec aux municipales ?
Là aussi, il essaye de répondre par la forme aux questions de fond. Si les Français se sont massivement prononcés pour des équipes de gauche, c’est qu’ils jugent intolérable l’écart entre les propos du candidat Sarkozy -celui qui disait: «Je serai le président de l’augmentation du pouvoir d’achat»- et ceux du président Sarkozy qui annonce que «les caisses sont vides» en passant sous silence qu’avec son paquet fiscal il a contribué à les vider. Il porte une lourde responsabilité dans la diminution du pouvoir d’achat et l’augmentation des impôts et des taxes. Il aurait intérêt à se rendre compte vite qu’il y a dans le pays un profond rejet de ses orientations économiques et sociales.

Pourquoi le PS continue-t-il d’agiter la menace d’un «plan de rigueur»…
Parce que les faits sont têtus: une croissance en berne, des déficits qui explosent, 15 milliards d’euros gaspillés dans le paquet fiscal… Avec de tels choix, un plan de rigueur est inéluctable.

Comment va s’organiser le PS de l’après-Hollande ?
Parlons clair. En 2002, notre candidat était un homme d’Etat, un des meilleurs de sa génération. Il était Premier ministre. Il avait un bilan non négligeable. Pour autant, parce que les électeurs de gauche ne l’ont pas assez ressenti comme porteur d’un projet alternatif, il a été éliminé au premier tour. Cinq ans après, plus populaire au sein du PS et dans l’opinion que notre candidate, ça n’existait pas! Et pourtant, parce qu’elle aussi n’a pas été considérée comme porteuse d’un projet en phase avec les aspirations profondes des Français – le pouvoir d’achat, l’emploi, le logement, l’école – une partie des électeurs se sont dits que, finalement, Sarkozy était mieux préparé qu’elle pour assumer la responsabilité de président de la République. En revanche, aux dernières municipales et cantonales, alors que nous avions souvent des candidats peu mis en avant par les médias, parce qu’ils ont été ressentis comme porteurs d’un projet local et parce qu’ils ont défendu un projet économique et social différent de celui qui avait été porté lors de la dernière présidentielle, ils ont été élus, souvent à la surprise générale. Voyez Rouen, Pau, Toulouse!…

Quelle est la «morale» de votre analyse ?
La leçon de ces trois scrutins -2002, 2007, 2008- est, pour moi, évidente: ce n’est pas l’aura nationale de tel ou tel candidat qui nous permettra de gagner, mais sa capacité à porter un projet alternatif et à être perçu comme utile par nos compatriotes. Le projet d’abord, le casting ensuite.

Un match Delanoë-Royal, ce ne se serait donc pas bien ?
Il faut que les socialistes évitent le star-system. Si nous devions tomber dans une compétition entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, il n’y aurait pas de reconstruction possible, ni du PS ni de la gauche. De plus, je ne sais pas qui gagnerait mais l’un ferait 60 et l’autre 40, et on ne s’en sortirait pas. Celui qui aurait fait 60 voudrait rester haut dans les sondages pour affronter dans les meilleures conditions l’étape de la désignation de notre candidat pour 2012. Est-ce une posture qui aiderait les socialistes à se mettre au travail sur un projet alternatif ? Et celui qui serait battu se dira qu’en tenant bon, il peut à nouveau avoir sa chance. Un tel scénario serait mortifère pour le PS. Je ferai tout pour que notre futur Premier secrétaire ne soit pas adoubé par les sondages ni porteur de l’idée d’une candidature à la présidentielle. Il faut quelqu’un capable de prendre la tête d’une véritable équipe, et qui consacre toutes ses forces à apporter aux militants confiance et convivialité, et à faire en sorte que notre parti se remette au travail.

François Hollande n’exclut pas, le jour venu, d’être candidat à la candidature pour 2012…
Cette déclaration confirme que le PS a de nombeux talents dans ses rangs, mais cela n’enlève rien à ce que je vous disais: avant de savoir quelle est la fusée qui nous permettra de mettre en 2012 notre projet en orbite, il y a intérêt à avoir une bonne base de lancement, et cette base, elle est encore à construire.

Une «base de lancement», cela veut dire quoi ?
La bonne base de lancement, c’est que les socialistes acceptent de dire: «Voilà, on entre dans une nouvelle période dans laquelle nos compatriotes nous attendent sur la définition d’un nouveau partage des richesses produites. Or, quelles que soient les sensibilités et idées des uns et des autres, le fait est que les trois dernières présidentielles, on les a perdues». Sans en avoir l’obsession, moi, j’ai la future présidentielle dans la tête parce que je sais qu’avec le quinquennat et l’inversion du calendrier que les socialistes ont malheureusement voulue (NDLR: les législatives après la présidentielle), elle est l’élection majeure, la seule qui permet le vrai changement en terme de projet de société. Le PS doit maintenant démontrer qu’il veut redéfinir les fins et les moyens qu’il se fixe pour apporter à la mondialisation une autre réponse que celle du capitalisme financier. Il doit s’y prendre collectivement, et dépasser les vieux clivages.

Vous sentez-vous l’étoffe d’un Premier secrétaire du PS ?
Oui. Je fais partie des 5 ou 6 responsables politiques qui, du fait de leur parcours, de leur attachement au parti socialiste et de leur vision économique et sociale, peuvent prétendre au poste de Premier secrétaire. Lorsqu’on parle de cela avec Jean-Christophe Cambadélis (NDLR: proche de Strauss-Kahn) et Arnaud Montebourg (NDLR: supporter de Royal en 2007), on se dit tous les trois en riant que rien ou presque ne nous sépare aujourd’hui et que, s’il fallait nous départager pour le poste de Premier secrétaire, on pourrait quasiment tirer entre nous à la courte-paille!

Propos recueillis par Dominique de Montvalon

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