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Cantonales : Quand la ceinture devient rose.

logo-obs.gifEn Seine-Saint-Denis, c’est la fin d’une époque. Les socialistes veulent s’imposer dans un des derniers fiefs du PC. Evidemment, cela ne se passe pas sans cris…

Ca s’est fait naturellement, une chamaillerie électorale à l’ancienne ! Le militant socialo a porté plainte contre son agresseur coco, un candidat de la liste communiste à La Courneuve. Un bourre-pif en pleine paix, aurait dit Audiard ? Sauf qu’on n’est pas en paix, et il faut les comprendre, les camarades : on ne souhaite à personne ce qui arrive aux communistes du 9-3 !

La fin d’une époque… «C’est insupportable pour eux de subir un test démocratique», dit Stéphane Troussel, conseiller général de 37 ans, qui veut prendre La Courneuve à la tête d’une liste écoeurante de jeunesse : une diplômée de Sciences-Po première génération des «étudiants ZEP» de la rue Saint-Guillaume, le responsable d’une boîte de com montée aux «4000», une môme de 18 ans dévorée de vie qui bosse au Quick pour payer ses études…

En face, le PC s’appuie sur Lutte ouvrière et le Parti des Travailleurs. Mais le maire sortant, Gilles Poux, cache son étiquette dans des tracts couleur orange. On dirait ceux de Bayrou ! Cette pudeur fait rire les socialistes. Mais l’adversaire joue sa peau. «Ils affirment qu’on est contre la mosquée, dit Troussel, qu’on va supprimer le colis des vieux, que je veux chasser les pauvres de la ville !» Il n’est de bonne guerre qu’entre cousins. Battre la droite, bien sûr, mais étriper la famille ! La Seine-Saint-Denis est un instant de vérité.

Chaque ville a sa dose de Clochemerle… Mais globalement le bilan est simple : les socialistes partent à l’assaut des mairies communistes à La Courneuve, Saint-Denis, Aubervilliers, Villetaneuse, Bagnolet, Pierrefîtte, Tremblay-en-France ! A Montreuil, la majorité des socialistes appuie Voynet contre Brard (voir p. 64). Et au Blanc-Mesnil, la ville de Marie-George Buffet, la section socialiste s’est alliée au MoDem, «parce que cette ville étouffe dans une gestion clientéliste», s’indigne Alain Ramos, vétéran rocardien, lessivé d’avoir trop subi ! Souvent, les socialistes veulent renverser le PC Parfois, c’est un patron communiste – tel François Asensi à Tremblay – qui veut verrouiller son pouvoir. Mais la guerre est déclarée. Elle est totale. Et les cantonales, plus encore que les municipales, seront historiques.

C’est la mère de toutes les batailles : la conquête par le PS du département-symbole du communisme. Il faudrait un miracle pour l’éviter. Aujourd’hui, les conseillers généraux communistes sont quinze, comme les socialistes… mais divisés en deux groupes ! Sept conseillers proches de l’appareil de Buffet, sept «reconstructeurs» gaucho-modernistes. Plus Jean-Jacques Karman, ultime stalinien de France ! En 2004, le PS aurait pu rafler la mise au bénéfice de l’âge. Mais il avait levé le pouce. Les socialistes avaient même favorisé l’élection d’un militant du clan Buffet, Hervé Bramy, contre les reconstructeurs… Politesses d’appareil. Cette fois, fini de rire. Il suffit que les communistes perdent un canton… Ce sera à Noisy-le-Sec ? A Montreuil ? A L’Ile-SaintDenis ? A Bagnolet ? Et Claude Bartolone, «tune et rital» du 9-3, si longtemps chef de guerre de Fabius, ministre de la Ville de Jospin, sera président de la Seine-Saint-Denis.

Un socialiste patron de la banlieue rouge. «Tu te rends compte !», dit Bartolone. Il s’imagine déjà relancer le département, en faire un modèle d’innovation et de prospérité. Les chefs d’entreprise fabiusiens, son vieux réseau, feront chez lui l’alliance fructueuse du capitalisme et de la jeunesse. «Plein de copains viendront m’aider si on gagne !» Il parle des friches industrielles, du lien avec Roissy, de la qualité de vie… A Pantin, l’autre jour, Bartolone a inauguré un «surgelés Picard» sous les applaudissements. «C’est comme ça qu’on fixe les classes moyennes chez nous», dit le maire, Bertrand Kern, qui a pris la ville au PC en 2001. Et Bartolone irradie de bonheur anticipé. Depuis le temps que les siens attendaient…

«On n’a pas le droit de faiblir, dit Gilbert Roger, maire PS de Bondy. Quand on pense à tous ceux qui se sont battus, avant…» Au temps du communisme impérial dans le département des prolos. Des socialistes ici ? Même pas en rêve, ou bien il fallait souffrir ! Les socialos en ont à revendre, d’histoires de brimades et de favoritisme, de travaux qui avancent moins vite, de subventions qui tombent moins chez eux… «Et les copinages avec les élus de droite, toujours mieux servis que nous, dit Roger. Et cette manière de tout décider seuls !»

Les tauliers rouges ont décliné. Effet de l’économie et de la sociologie. On n’entendait plus siffler les fabriques ou les trains. Les monstres sacrés ne suivaient pas. Dans les années 1980, Georges Valbon, patron du département, disputait le jeune Bartolone, qui prônait le virage tertiaire. «Tu veux transformer les ouvriers en larbins du capitalisme !» Les communistes enfonçaient le clou, dans une campagne d’affichage montrant un rat à cigare attiré par le département : «Capitalistes, la Seine-Saint-Denis n’est pas un fromage !» C’était la ligne. Effectivement, il n’y a pas eu de larbins, mais des chômeurs, du déclin, de la barbarie. On connaît la suite…

«Le PC a continué de vivre adossé au département», dit Stéphane Troussel. Finalement, l’histoire a tranché. Tertiaire, Stade de France, start-up et développement. Les bobos voisinent avec les quartiers d’exclusion. La Seine-Saint-Denis est en pleine fracture sociale. Certains communistes ont capté le nouveau vent, tel Patrick Braouezec (voir encadré), patron de la communauté d’agglomération Plaine Commune… D’autres sont restés immobiles. Quand le RMI s’est lancé, le département n’a pas bougé sur l’insertion. Et il n’a pas financé la rénovation urbaine de Borloo. «Le principe, ici, c’est de dire non à l’extérieur, pour ne pas perdre son pouvoir», constate Gilbert Roger.

«Ca fait des années que j’avertis mes camarades, dit Bartolone. Il fallait se désolidariser du PC, ou on coulerait ici avec lui.» Mais les Séquano-Dionysiens étaient la monnaie d’échange des enjeux nationaux. En 2001 , un jeune centriste, Jean-Christophe Lagarde, a pris Drancy au PC. «Si le PS s’était démarqué à temps, je n’aurais jamais eu d’espace, dit Lagarde aujourd’hui. Bartolone l’a enfin compris ! Les communistes ont un vrai problème. Quand ils perdent une ville, les gens ne les regrettent pas.» Cette année, les socialistes ne biaisent plus. Marie-George Buffet a beau être du 93, elle n’a rien empêché, ou à la marge. Déjà, dans l’administration départementale, on prend des gages. ..«Le PC a rapatrié au département des bras cassés de ses anciennes villes, dit Bertrand Kern. Mais on ne chassera personne.»

Dans cette histoire, il y a une injustice. Ce qui arrive à Hervé Bramy fait de la peine. Ce quinquagénaire va rester dans l’histoire comme l’homme qui aura perdu le 93 … «On perd depuis des années parce qu’on est divisés», soupire-t-il, blessé. Les rodomontades socialistes l’exaspèrent. «Dire qu’on a entretenu la misère pour garder le pouvoir, c’est une infamie !» Il voit déjà détruire ce qui a été sa vie. La propagande des socialistes rejoint la «stigmatisation» du 93 … «Ils vont attaquer la politique culturelle. Et l’écologie, ils s’en moqueront ! Sait-on que nous sommes le premier département vert ? Allez voir les hérons cendrés au parc de La Courneuve !»
Bramy est un enfant du Blanc-Mesnil, un modèle d’ascension communiste. Employé municipal. Militant. Elu. Permanent. Un jour, on lui a demandé de se dévouer. «les camarades m’ont demandé…» Ca se passait comme ça, avant. Bramy aurait été le plus heureux des administrateurs d’un département forcément acquis à la classe ouvrière et à son parti. Il n’est que le porte-parole de la débandade.

Chez lui au Blanc-Mesnil, il connaît tout le monde. On l’aime bien. Mais il est un président de temps de paix, pas un meneur de guerre économique. «Le développement économique, il vient tout seul, sur nos friches industrielles», plaide-t-il. En mars, à moins d’une énorme surprise, il retombera dans l’anonymat, éclipsé par Bartolone. «Et si la droite fait voter pour vous, en douce, lors de l’élection du président», lui demande-t-on ? «Si je suis élu, je prends. Mais ça ne viendra pas de la droite, il peut y avoir des défections au PS. Et sinon on repartira, pour reprendre le département !» Nul n’est obligé de mourir.

Claude Askolovitch

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