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Tribune dans Libération : Un Grand Paris contre les inégalités&

logo-libe.gifLe Grand Paris, pourquoi pas, mais pour quoi faire ? Je suis partisan d’aborder ce sujet par le prisme de la réalité sociale. À quoi sert en effet une organisation institutionnelle si ce n’est à encadrer plus efficacement les politiques menées en faveur de ceux qui ont le plus besoin de l’intervention publique ?

La relance du débat autour de l’organisation politique de l’agglomération parisienne, voulue par le Président de la République, nous renvoie aux enjeux clairement posés par les travaux préparatoires à l’élaboration du nouveau schéma directeur de la région d’Ile de France.

Ce qui est d’abord en jeu, ce sont les inégalités territoriales et sociales qui n’ont cessé de se creuser ces dernières années dans la région capitale et en son cœur, tout particulièrement. Si cette réalité-là est le quotidien des habitants des zones urbaines, elle se confirme cruellement à l’épreuve des analyses statistiques. Le revenu moyen après impôts des foyers fiscaux de Seine-Saint-Denis a diminué de 3,5% en euros constants entre 1984 et 2004 tandis qu’il augmentait de 21% en Île-de-France et de 41% à Paris. Les foyers fiscaux parisiens déclarent un revenu après impôts supérieur de 69% à celui des foyers de Seine-Saint-Denis en 2004, alors que l’écart n’était que de 16% en 1984. Face à ces évolutions une deuxième série d’inégalités vient freiner aujourd’hui toute velléité de correction des premières, ce sont les inégalités de ressources entre les territoires. Les écarts de potentiel fiscal varient de 1 à 7,5 entre communes d’Île-de-France. De même, les départements de Paris et des Hauts-de-Seine concentrent 47% des bases de taxe professionnelle de l’Île-de-France contre 17% pour le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis.

Pendant ce temps, les richesses produites par l’Île-de-France ont progressé sans cesse, fort heureusement. Certes, le phénomène de métropolisation conduit à une concentration des industries et des services les plus performants sur les mêmes lieux associant dans un même élan, centres universitaires et laboratoires de recherche d’excellence et fournissant les emplois les plus qualifiés. Mais nous savons qu’il serait vain et dangereux de freiner ce processus de métropolisation car nous sommes engagés dans une compétition internationale entre villes. Les politiques publiques visant à corriger les inégalités engendrées par cette métropolisation ne doivent donc, en aucun cas, ralentir le dynamisme économique de l’agglomération parisienne.

Pour autant, pas question de renoncer. Les violences urbaines de 2005 nous ont rappelé que la juxtaposition de zones de richesses et de territoires de grande pauvreté n’est pas tenable à terme si une partie de la population a le sentiment de n’être condamnée qu’au spectacle de l’emploi, sans jamais pouvoir y trouver un rôle. D’abord parce que c’est indigne d’un pays riche comme la France. Ensuite parce que cela compromettra inexorablement le développement économique de la région capitale.

Au bout de toutes les explications, chacun doit reconnaître, sans aucune complaisance ni justification d’une violence inacceptable, car synonyme de loi de la jungle, que ces événements de 2005 ont été une nouvelle fois la manifestation d’une révolte sociale.

Alors, que faire ?

Un préalable, le débat démocratique. Il ne faudrait pas que la majorité politique nationale du moment veuille imposer une organisation qui ne recueillerait pas un large consensus. Les villes, les départements et la région doivent être étroitement associés à cette réflexion, et au-delà, les citoyens eux-mêmes.

Ensuite, le débat sur l’avenir de l’agglomération parisienne ne doit pas servir de masque à une opération de charcutage électoral visant à installer une domination durable de la droite sur le cœur politique du pays. S’il n’est question que d’aller chercher avec les « ciseaux administratifs » ce que Monsieur Sarkozy n’a pas réussi à obtenir par les urnes, non merci, je n’en veux pas.

Constatons aussi que la relance de l’idée du Grand Paris intervient dans une géographie politique loin d’être figée. Depuis plusieurs années, nombre de territoires de projets se sont organisés en Île-de-France, y compris dans sa zone centrale : communautés d’agglomération, initiatives concertées de collectivités locales autour du développement scientifique et technologique ou du renouvellement urbain. La ville de Paris a joué le jeu, depuis l’élection de Bertrand Delanoë, en initiant la conférence métropolitaine et en participant à des projets communs avec les villes de sa banlieue. La région Île-de-France, avec Jean-Paul Huchon, a pris de son côté de nombreuses initiatives pour favoriser un développement territorial plus solidaire, en suscitant la création d’un établissement public foncier régional et en faisant de la lutte contre les inégalités spatiales et sociales la priorité de ses orientations pour le nouveau schéma directeur.

Faut-il cependant aller plus loin ? Pourquoi pas si la question institutionnelle est abordée avec le souci de mieux répondre aux enjeux concrets de la vie quotidienne des habitants d’Île-de-France. La voie de la création d’une communauté urbaine du Grand Paris est, dans cette perspective, loin d’être évidente. En effet, que peut-on attendre aujourd’hui d’un pouvoir élu d’agglomération ? Qu’il prenne en charge les politiques essentielles que sont en milieu urbain les transports, l’aménagement de l’espace et le développement économique ainsi que le logement, afin de favoriser le « vivre ensemble ». Or, il apparaît clairement que le niveau régional est le plus pertinent pour les transports, et que pour mieux répondre à l’ensemble de la problématique mobilité, ses compétences devraient même être élargies à tous les déplacements, élargies aussi au-delà de l’Île-de-France pour mieux satisfaire les besoins des salariés du grand bassin parisien. Encore faut-il que l’État soutienne les investissements massifs nécessaires à l’amélioration des transports publics.

De même, pour ce qui relève de l’aménagement de l’espace, à quoi peut servir un niveau intermédiaire supplémentaire entre la région et la commune, entre le schéma directeur et le plan local d’urbanisme ? Ou alors, il nous faut franchir un nouveau pas décisif, transférer le droit des sols, le permis de construire à un pouvoir métropolitain. Sommes-nous prêts à cette révolution qui ôterait aux maires leur dernier pouvoir majeur ?

Enfin, la politique de l’habitat. Ne perdons pas de vue l’essentiel : construire des logements à des prix abordables pour une majorité de nos concitoyens, c’est d’abord une question de volonté politique et de mobilisation de moyens financiers. Or la droite n’a pas su répondre depuis 2002 à la crise majeure que nous connaissons. Si les gouvernements successifs ont affiché des chiffres de construction à la hausse ces dernières années, l’effort réel dans le domaine des logements aidés a considérablement diminué depuis 2002. Par ailleurs, la droite démolit avec plus d’enthousiasme qu’elle ne reconstruit, ce qui, en période de pénurie de logement, risque de mettre un terme définitif à l’idée-même de renouvellement urbain.

En manifestant cette propension à utiliser la dynamite plus que les grues, la droite explique aux habitants que leur quartier se portera mieux lorsqu’on se sera débarrassé d’eux.

Faisons plutôt appliquer, partout en Île-de-France, avec rigueur, l’obligation de 20% de logements sociaux dans toutes les villes, que j’avais fait voter au Parlement il y a sept ans. Et s’il y a une évolution à opérer, achevons la décentralisation de la politique du logement en rassemblant sous une même autorité politique aides à la pierre et aides à la personne, tant ces deux approches doivent être plus que jamais liées face à la pénurie et aux difficultés sociales qu’elle provoque.

Nous voyons bien que la création d’une communauté urbaine de Paris métropole n’est pas la solution miracle pour résoudre les problèmes majeurs que rencontrent les habitants de l’agglomération parisienne, au moins à court terme. Dans l’immédiat, favorisons plutôt les projets communs qui débouchent sur un développement durable, donc plus équilibré et plus solidaire. Ainsi et alors même que la deuxième vague de décentralisation a confié aux conseils généraux des responsabilités majeures dans la politique de solidarité, pourquoi ne pas créer un pot commun de toutes les ressources et même au-delà, fédérer les quatre départements de l’agglomération parisienne autour de ces enjeux de solidarité ?

Quelles que soient les évolutions institutionnelles, nous mesurons bien que les vrais enjeux sont ailleurs. Bien que la question soit importante, on ne m’interroge jamais au quotidien sur le devenir de l’organisation de l’agglomération parisienne. En revanche, on attend des réponses fortes en termes d’emploi, de logement, de transports et de partage des richesses entre collectivités locales.

Autrement dit, la question n’est pas d’ajouter un étage à la fusée, mais de savoir quel projet de société urbaine on veut mettre en orbite.

N’oublions pas enfin qu’une politique de solidarité territoriale n’a de sens que si existe au niveau national un engagement fort pour une politique de solidarité nationale. La politique d’inclusion sociale dans une ville négociée que je défends pour l’agglomération parisienne ne peut se concevoir sans une action résolue, une politique qui s’attache à la réduction des inégalités et promeut la justice sociale.