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Courtillières : les habitants attendent la réhabilitation de leur logement depuis trop longtemps

courtil.JPGA l’occasion de l’inauguration de la Cité de l’Architecture et du patrimoine au Palais de Chaillot le 17 septembre dernier, Nicolas Sarkozy déclarait : « Ce n’est pas parce qu’on n’a pas les moyens d’habiter dans un immeuble haussmannien qu’on doit forcément habiter dans quelque chose dont on n’a pas pris soin de penser la forme. Je songe notamment à la « cité parc » des Courtillières à Pantin édifiée par Émile Aillaud, qui est un exemple de ce qu’on doit s’efforcer de rénover mais aussi de préserver ».

Il confirmait ainsi l’arrêt de la rénovation des Courtillières.

Pourtant ce projet lancé dès 2002 par le maire de Pantin, Bertrand Kern, a été mené, en concertation avec les habitants et les services de l’Etat afin d’arriver à présenter une rénovation qui ait l’adhésion de toutes et de tous. Au terme de 4 années de propositions, d’examens et de débats, le projet arrêté a été présenté à l’ANRU (agence nationale pour la rénovation urbaine) qui l’a validé. Une convention a finalement été signée le 28 juillet 2006 avec le préfet.

Les travaux qu’attendaient avec impatience depuis de nombreuses années les 6000 habitants de ce quartier commençaient enfin !

Ce regain soudain d’intérêt pour l’œuvre d’Emile AILLAUD, architecte des Courtillières, mais aussi de la Grande Borne à Grigny, des tours nuages à Nanterre et de la cité Noé à Chanteloup-les-Vignes, justifie qu’on impose aux habitants et à leurs représentants élus de renoncer à une réhabilitation indispensable, fruit de 5 années de travail et de rencontres, voulue par les habitants, validée par tous les services de l’Etat et cosignée par l’Etat lui-même en la personne du Préfet de Seine-Saint-Denis !

Il est dommage que cet intérêt ne se soit pas manifesté plutôt durant ces 40 années sans le moindre entretien ou la moindre rénovation du bâti. Ou du moins, durant les 5 dernières années qu’il a fallu pour élaborer collectivement un projet de sauvetage des Courtillières aujourd’hui défendu par Bertrand Kern, les élus et les habitants. Les arguments auraient alors pu être échangés, pris en considération et il n’aurait sans doute pas été inutile que les défenseurs de l’œuvre d’Emile AILLAUD entendent les histoires des habitants de ce lieu.

Mais ce déni de la réalité quotidienne et des conditions de vie des résidents au profit de la conservation d’une œuvre qui est d’abord un habitat collectif, n’est pas acceptable. Le long désintérêt de l’Etat pour la dégradation progressive de l’œuvre en question et les difficultés qu’y vivaient les habitants durant des années ne doit pas se transformer brutalement en dictat de conservation à l’identique. Les travaux engagés sont absolument nécessaires et doivent reprendre au plus vite.

J’ai donc interpellé la ministre du logement et de la ville, Madame Christine Boutin, par le courrier suivant et je continuerai à défendre la cause des habitants de ce quartier jusqu’à ce que nous obtenions enfin une rénovation à la hauteur de leurs besoins légitimes.

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Madame la Ministre,

À plusieurs reprises, j’ai tenté sans succès de vous joindre au sujet du projet de rénovation du Serpentin, ensemble de logements situé dans le quartier des Courtillières à Pantin.

Je tenais en effet à vous faire part de mon opinion sur les divergences existantes entre le rapport rendu par la mission d’inspection interministérielle et les attentes des habitants de ces logements, des Pantinois et des élus.

J’espérais également pouvoir vous convier à prendre connaissance de cette situation sur le site en présence d’élus locaux et d’acteurs de ce projet de réhabilitation, car il est en effet toujours plus facile d’appréhender les conditions de vie des habitants d’un quartier sur place.

Si je suis très attaché à notre patrimoine, aux ouvrages anciens comme aux réalisations les plus modernes, les œuvres architecturales destinées à l’habitation me semblent néanmoins devoir répondre aux attentes élémentaires des résidents en terme de qualité de vie et d’environnement. A défaut, c’est le mode de vie même qui s’en trouve perturbé avec les désastreuses conséquences sociales et économiques dont le Serpentin offre aujourd’hui malheureusement un triste exemple.

Je sais que vous êtes parfaitement informée de l’état de cette cité édifiée par l’architecte Emile Aillaud en 1956 ainsi que de la dégradation du tissu social local.

Ce sont près de 6000 personnes qui vivent en quasi vase clos dans cet immeuble de 1,5 kilomètre de long et de 5 étages ondulant autour d’un parc de 4 hectares presque fermé. N’ayant jamais fait l’objet d’une rénovation, les appartements sont petits, les façades sont décrépies, l’isolation fait défaut. L’urbanisme problématique de cet ensemble a fait progressivement fuir l’activité et les commerces. Les halls traversants et les entrées de cave ont dû être bouchés pour décourager les trafics qui y prospéraient. La réputation de ce quartier est aujourd’hui telle, que tous les efforts de rétablissement d’une certaine mixité sociale sont voués à l’échec.

Seule une rénovation ambitieuse et respectueuse des habitants peut inverser cette tendance. Des familles entières attendent ce renouveau et espèrent voir aboutir une réhabilitation lancée il y a cinq ans que tous les services de l’Etat ont approuvée.

Ouvrir une traversée dans la forteresse que constitue l‘immeuble permettra de désenclaver ce quartier. En rétablissant des liens avec le centre ville, en rendant plus facile l’accès aux moyens de transports en commun, cette modification réduira le sentiment d’isolement et d’exclusion dans lequel vivent les habitants.

Le parc rénové deviendra un jardin public pour l’ensemble du quartier et constituera à nouveau un lieu de sociabilité pour les familles.

En ce qui concerne la question du traitement des façades, si les couleurs sont toujours discutables, elle ne peut être envisagée sans tenir compte de la durabilité des matériaux, des coûts d’entretien et des coûts énergétiques induits.

Au ton qui est le mien, vous aurez sans doute mesuré l’attachement que je porte à cette banlieue et à ses habitants. Pour eux, nous devons veiller à recréer une vraie ville avec des espaces publics, des services, des lieux de sociabilité, des commerces et des moyens de communication adaptés.

J’attache moi aussi du prix à notre mémoire collective et aux traces que nous savons conserver d’artistes et de poètes tel qu’ Emile AILLAUD.

Je ne doute pas que nous trouvions un projet qui rénove et préserve, un projet de juste compromis entre la conservation du patrimoine et le rétablissement d’une qualité de vie normale pour les habitants du quartier des Courtillières.

Permettez-moi néanmoins de préciser un point important. Quel que soit le projet in fine et compte tenu de l’intervention tardive de l’Etat, il est essentiel que le surcoût des modifications préconisées par le rapport de la mission interministérielle, notamment en ce qui concerne la rénovation des logements supplémentaires conservés, fasse l’objet d’un financement adapté de l’ANRU.

Je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’assurance de ma haute considération.

Claude BARTOLONE