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Laurent Fabius : “L’issue de cette élection dépendra de notre capacité à répondre à la demande de gauche”

logo_lp1.gifJe vous propose de prendre connaissance de la remarquable interview qu’a donnée Laurent Fabius au journal Le Parisien.

Ségolène Royal est aujourd’hui pointée au même niveau que Lionel Jospin début mars 2002. Y a-t-il pour elle un risque de décrochage ?

Rien n’est acquis, mais il faut prendre très au sérieux la situation. Celle-ci est la conséquence de ce que je décris depuis longtemps : si l’opposition n’est pas assez claire, assez frontale, alors la différence gauche-droite se brouille. Si en outre la différence des projets n’est pas vraiment ressentie, la confusion menace. Il faut réagir : notre objectif n’est pas de préparer la présidentielle de 2012mais de gagner en 2007 ! Et c’est parfaitement possible.

La droite est-elle plus convaincante ?

Nous sommes face à ce que j’appellerai le paradoxe de 2007. Les Français veulent le changement par rapport à la politique sortante mais ils semblent pour l’instant préférer au deuxième tour les candidats issus de la majorité sortante ! D’autre part, les thèmes dominants de cette campagne, à la différence de 2002, sont des thèmes plutôt de gauche (pouvoir d’achat, emploi, éducation, protection sociale), alors que les candidats de gauche n’en captent pas le bénéfice jusqu’ici. L’issue dépendra de notre capacité à mieux répondre à cette demande.

Quelle est votre recette ?

D’abord renvoyer systématiquement les candidats de droite à leur bilan. Qu’un homme comme N. Sarkozy, pilier du Gouvernement et champion toutes catégories du déficit, de l’augmentation des impôts et de la faible croissance, puisse prétendre incarner le changement, relancer la croissance, baisser les impôts et réduire les déficits, c’est incroyable ! Que F. Bayrou, lui aussi pivot du « système », ancré à droite et qui a marqué son passage à l’Education nationale par une attaque sans précédent contre l’école laïque puis refusé la loi contre les signes religieux à l’école, puisse se présenter comme le candidat anti-système et obtenir le soutien de beaucoup d’enseignants, cela prouve qu’un énorme travail d’explication reste à mener. Il faut aussi conforter la crédibilité et le caractère collectif de notre campagne. C’est la clé, cette clarté. Clarté dans notre critique de la droite. Clarté dans notre ancrage à gauche. Clarté dans notre volonté d’un projet nouveau pour rassembler et dynamiser la France. Rien ne serait plus erroné maintenant que d’essayer de faire du Bayrou sans Bayrou.

Faut-il s’opposer frontalement à François Bayrou ?

Bien sûr ! Je confirme que sa démarche n’est pas la nôtre et qu’il est exclu que nous gouvernions avec lui. Pas par sectarisme, mais parce que nous refusons la confusion.

Les éléphants gâchent-ils l’image de Royal ?

A propos de ces petites bêtes, j’utiliserai volontiers la formule de JP Sartre en l’adaptant : « L’éléphant, c’est les autres… ». Ce qui est certain, c’est qu’on a besoin autour de notre candidate de tout le monde ; et qu’il faut situer la campagne présidentielle à son vrai niveau. La question clé c’est : Comment assurer l’avenir de la France et de l’Europe face aux bouleversements de la mondialisation ? Une des réponses essentielles, c’est que nous avons besoin d’une politique différente pour l’Europe, à la fois beaucoup plus dynamique et qui nous protège davantage (voir l’affaire Airbus). Sur les grandes questions – le vieillissement, l’environnement, l’investissement, l’endettement, le renouvellement – il existe des réponses de droite, qui passent par davantage de précarité, et notre réponse de gauche, la solidarité, qui est une valeur moderne et ne dispense pas de réformes profondes. C’est tout cela qu’il faut mieux expliquer.

Le PS et l’UMP n’ont-ils pas le pouvoir de décider, grâce aux parrainages, qui pourra se présenter à la présidentielle ?

Il aurait fallu changer les règles avant, c’était du ressort du gouvernement. Maintenant, il est tard.

Jacques Chirac devrait annoncer dimanche qu’il renonce officiellement à conquérir un nouveau mandat…

Je respecte l’homme, qui est plutôt sympathique ; mais je constate aussi que, pendant 40 ans, ses convictions successives ont été aussi flamboyantes que fluctuantes ; sa longue présidence aura fait perdre pas mal de temps à la France. C’est surtout cela qui me frappe : par rapport aux grands problèmes de notre pays et de l’Europe, une présidence du temps perdu.

Son soutien possible à Nicolas Sarkozy modifiera-t-il la donne ?

Pas vraiment. On connaît la réalité des sentiments qu’ils se portent. Sur le fond, M. Sarkozy propose de s’inspirer de M. Chirac là où il a échoué (l’économique et le social) et il veut s’en distinguer là où il a marqué (l’international et la laïcité républicaine). Significatif, non ?