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Au revoir Monsieur le Président

190060549_3abfec3027.jpgJ’étais invité ce matin à la réception donnée par le Président de la République en Seine-Saint-Denis où il présentait ses vœux aux fonctionnaires qui servent l’État dans le département.

Dès mon arrivée, je me suis trouvé tiraillé entre deux réflexions.

A la fois, je trouve positif que le Président de la République se soit déplacé en Seine-Saint-Denis. Ne faisons pas la fine bouche : tout ce qui peut permettre de valoriser mon département et de souligner les enjeux cruciaux de son développement économique et social est bon à prendre. De ce point de vue-là, c’était une visite utile.

En même temps, au fur et à mesure que je l’entendais prononcer son discours, je m’apercevais qu’il était en train de dérouler un formidable inventaire à la Prévert de tout ce que le gouvernement n’a pas fait ces cinq dernières années.

Chirac est venu causer de lutte contre les discriminations, de citoyenneté et de laïcité. La droite n’y a répondu que par le communautarisme. Ici, Sarkozy nommant un Préfet « parce que Musulman » ; on ne nomme pas un Préfet en fonction de sa religion mais au nom de sa compétence ! Là, une maire de Strasbourg qui troque la construction d’une mosquée contre la gestion de la sécurité publique par les communautés religieuses du quartier. Ici, la stigmatisation incessante des jeunes des quartiers « à nettoyer au kärcher ». Là, le retour régulier des vieux démons de la droite agitant l’épouvantail du regroupement familial dès qu’une tension apparaît dans un quartier. Bref, en exaltant les peurs, le gouvernement s’est rendu responsable du fait qu’il est encore plus difficile aujourd’hui qu’hier de se loger, de trouver un emploi ou même d’entrer dans une discothèque lorsque l’on s’appelle Mamadou ou Fatima.

Chirac est venu causer d’école. En Seine-Saint-Denis, sans doute plus qu’ailleurs, ce doit être la première des grandes priorités politiques. Tout commence à l’école : l’apprentissage du vivre ensemble, la confiance en ses possibilités, la découverte de ses talents, l’acquisition des outils intellectuels permettant de construire sa vie personnelle et professionnelle. Mais rien de tout cela n’est possible lorsque l’école n’a plus les moyens de sa grande ambition. Manque d’enseignants, fermetures de classes, budgets en berne, suppression de personnels de surveillance : l’école de la République est devenue la variable d’ajustement budgétaire du gouvernement.

Chirac est venu causer de logement – actualité oblige. Il aura fallu que les Enfants de Don Quichotte mènent une action spectaculaire pour que le Président se penche enfin sur ce thème. Voilà pourtant bien des années que les acteurs du logement lancent un SOS en dénonçant l’inaction du gouvernement face à une crise sans précédent. En 5 ans, j’ai vu la situation se dégrader à un point que l’on peine à imaginer. Dans mes permanences parlementaires, 9 rendez-vous sur 10 concernent un problème de logement. Là où il faudrait construire 120.000 logements sociaux par an destinés aux ménages les plus modestes, l’offre proposée par le gouvernement vise les populations les plus aisées : en 2005, 85% des constructions réalisées sont inaccessibles aux 2/3 des ménages compte tenu de leur coût…

Finalement, cette cérémonie aura au moins eu le mérite d’accomplir un geste : dire « au revoir Monsieur le Président ». Avec le ferme espoir que le prochain président qui se déplacera en Seine Saint-Denis sera une présidente…