Your message has been sent, you will be contacted soon
Site de Claude Bartolone

Call Me Now!

Fermer

Le Télégramme: « Fabius a de réelles chances » (01/09/2006)

Premier lieutenant de Laurent Fabius, Claude Bartolone, député-maire du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), veut encore croire aux chances de son leader d’être désigné par les militants comme candidat du Parti socialiste pour 2007. L’université d’été de La Rochelle, au cours de laquelle Ségolène Royal n’a pas été vraiment à la fête, et qui a vu le retour de Lionel Jospin dans le jeu socialiste, renforce les espérances du clan Fabius. Reste que le chemin sera malaisé pour le plus impopulaire des présidentiables du PS.

L’université d’été du PS à La Rochelle marque-t-elle à vos yeux le début de la chute de Ségolène Royal ?

J’observe simplement que l’université d’été de La Rochelle a permis de mesurer la généralité de ses propos. On ne peut en tout cas qu’être étonné de constater qu’elle a refusé de répondre aux questions des jeunes socialistes.

Le retour de Lionel Jospin change-t-il la donne au sein du Parti socialiste ?

Je ne le crois pas. Jospin est revenu avec beaucoup d’honnêteté. Il a certainement eu du mal à le faire. On peut comprendre les raisons pour lesquelles il lui a fallu tout ce temps pour répondre à la question : pourquoi avons-nous perdu la dernière élection présidentielle ? Je pense que son intervention fermait davantage un cycle qu’elle n’en ouvrait un nouveau. Mais ses propos auront du poids dans la mesure où il s’est exprimé sans détour sur un certain nombre de candidats, et, notamment, à propos de Ségolène Royal.

Le front anti-Royal est-il nécessaire à vos yeux ? Est-il en ordre de bataille ?

Je ne souhaite pas la constitution d’un tel front. Je ne voudrais pas que l’on donne le sentiment qu’il existe, au sein du PS, une coalition contre tel ou telle. C’est maintenant aux militants d’écouter et d’examiner les propositions des uns et des autres, afin qu’ils soient en mesure de choisir celui ou celle qui nous permettra à la fois de gagner et de changer. C’est la raison pour laquelle Laurent Fabius a souhaité publier ses sept engagements pour 2007. Tirant les leçons de l’échec de 2002, il a compris que l’électorat populaire avait besoin d’engagements précis. Ce n’est qu’à cette condition que ces électeurs s’engageront et n’assisteront pas passivement à un match entre la gauche et la droite qui leur donnerait le sentiment d’être les oubliés sociaux de cette compétition électorale.

Lorsqu’on analyse les sondages, Laurent Fabius est aujourd’hui le candidat à la candidature socialiste le plus mal placé. A-t-il encore des atouts ?

J’accorderais la moindre attention aux sondages s’ils avaient donné, ne serait-ce qu’une fois, le résultat de l’élection présidentielle un an à l’avance. En 1981, 1988, 1995 et 2002, jamais aucun sondage n’a donné le résultat un an avant l’échéance. Pour ce qui concerne les atouts de Laurent Fabius, il me semble qu’il dispose de chances réelles. Chacun reconnaît qu’il est porteur d’un projet politique. Y compris ceux qui ne soutiennent pas sa candidature. Lorsque le numéro 2 du PS (François Rebsamen) a appelé un certain nombre de candidats à se retirer, il n’a pas cité Fabius, parce qu’il a considéré que celui-ci était porteur d’une ligne politique et qu’il était donc légitime qu’il expose ses arguments devant les militants. Ses propositions sur le Smic et la revalorisation de 100 euros des plus bas salaires, sur le logement, l’environnement et la construction européenne montrent que Laurent Fabius est un responsable politique qui n’a pas seulement analysé les raisons de la défaite de 2002, mais qu’il a bâti un projet pour que la victoire soit le signal, pour l’électorat de la gauche, qu’un véritable changement est possible.

Comment expliquez-vous le désamour qui frappe Laurent Fabius ?

Lorsqu’on refait le cours de la carrière de Laurent Fabius, on constate que, bien souvent, on a fait appel à lui quand les choses allaient mal. Il est devenu Premier ministre lorsque des centaines de milliers de manifestants étaient dans la rue contre les réformes scolaires présentées par le gouvernement Mauroy. Il est devenu premier secrétaire du Parti socialiste quand les juges étaient à la porte de Solferino, lors de l’affaire des fausses factures. Il a été nommé ministre de l’Economie et des Finances après les difficultés rencontrées par Dominique Strauss-Kahn et Christian Sauter, alors que la conjoncture économique française se retournait. Du coup, comme on fait appel à lui dans des circonstances difficiles, il est sans doute marqué par le fait qu’il a été amené à appliquer bien souvent des mesures impopulaires qui ne correspondaient pas à sa ligne politique, mais qui étaient nécessaires pour permettre à la France de continuer à figurer parmi les grandes nations.

N’y a-t-il pas, dans cette impopularité, des éléments plus personnels ?

L’affaire du sang contaminé pèse probablement encore. La justice lui a pourtant rendu raison sur ce dossier en reconnaissant qu’il avait sauvé de nombreuses vies humaines en prenant rapidement, aussi rapidement qu’il était alors possible, les bonnes décisions. Mais beaucoup, compte tenu des manipulations politiques auxquelles ce dossier a donné lieu, le regardent de manière suspicieuse. Comme s’ils demandaient encore à être convaincus.

Il reste deux mois et demi avant la désignation du candidat socialiste à la présidentielle. Comment Laurent Fabius va-t-il s’y prendre pour revenir dans le jeu ?

Politique, politique, politique ! Ce qui nous a manqué en 2002 peut devenir notre atout maître en 2007. Un projet politique et des propositions précises permettront de rassembler les socialistes, la gauche, et, au second tour, de rassembler les Français opposés au projet communautariste et atlantiste de Sarkozy.

Ségolène Royal se présente aujourd’hui comme l’héritière de François Mitterrand. Cela vous agace-t-il ?

Je ne suis pas agacé parce que je pense que, dans un débat, il faut savoir écouter les arguments des uns et des autres. Mais je crois qu’elle commet une faute historique. François Mitterrand a été un grand leader du Parti socialiste. Il a participé à tous les choix historiques du parti. Il s’est exprimé à chaque congrès pour donner le la et une orientation politique claire aux militants. Un choix qu’il a toujours privilégié, au risque assumé de se trouver en désaccord avec les sondages d’opinion. Rien que pour cela, il y a un grand écart entre François Mitterrand et Ségolène Royal.

Si Ségolène Royal est investie, ferez-vous campagne pour elle ?

Oui. Quand on milite dans une organisation politique, il faut en accepter les règles, dès lors que les conditions du choix sont démocratiques et respectées par tous. Pensez-vous que l’actuelle direction du parti respectera la transparence que vous appelez de vos voeux ? Je pense que, dans cette période, le premier secrétaire se doit de garantir la clarté du débat. Il lui faut démontrer que les moyens du PS sont mis à la disposition de tous les candidats pour leur permettre de faire campagne sur un pied d’égalité.

Avez-vous un doute à ce sujet ?

Je préférerais ne pas en avoir…

Propos recueillis par Philippe Reinhard