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L’Humanité : « Ne pas séparer sécurité et question sociale » (10/06/2006)

logohuma.gif« Bien entendu, il faut parler d’insécurité, de violence et de délinquance. Ce sont des questions sur lesquelles nos concitoyens nous interrogent sans cesse. C’est aussi fondamental : quand vous rencontrez des personnes âgées qui n’osent plus militer, participer à la vie associative à partir de 17 heures par crainte de sortir, ou encore, à l’autre bout de la chaîne, des gamins qui n’osent plus s’habiller comme ils le voudraient avant d’aller au collège de peur d’attirer le regard des autres et être victime de violences ou de larcins, on est obligé de prendre en compte cela.
Mais, pour autant, donner le sentiment que la sécurité peut être évacuée ou traitée d’une manière totalement séparée de la question sociale me paraît être une faute considérable. Il faut que la gauche en particulier puisse parler de cette sécurité dans le cadre de la confrontation d’un projet de vie entre celui de la droite et celui de la gauche. Il est évident que si l’on continue à accepter le modèle qui nous est présenté par le libéralisme financier où le bonheur est la consommation, avec la présentation d’objets inaccessibles pour des gens qui n’ont rien mais donnés comme indispensables pour être considérés et reconnus, nous sommes en droit d’avoir le sentiment d’une course : le bonheur, la consommation, les parcours individuels sont mis en avant, exacerbés par un modèle dominant très violent. Les enfants passent davantage de temps devant la télévision que devant leurs instituteurs. Il faut donc parler de la sécurité, mais si on donne le sentiment d’en parler sans faire le lien avec l’ensemble du projet politique et social, on est à côté de la plaque. Même les policiers aujourd’hui, dans un département populaire comme la Seine-Saint-Denis, avouent ne pas pouvoir régler les problèmes à eux seuls.
Je pense que les propos tenus il y a quelques jours par Ségolène Royal ont été une faute, en particulier dans ce département, à la veille de la reconstitution des faits qui ont conduit à la mort de deux jeunes à Clichy. Ce genre de propos réduit à néant le travail qu’est celui des élus : ceux du PS notamment, estimant que régler les problèmes sur la durée passe par le logement, la politique de la ville, l’emploi, l’école, la police de proximité… Tout un spectre de mesures qui ne consistent pas – seulement à montrer du doigt les familles. Lesquelles, bien souvent dépassées compte tenu de leurs conditions de vie, ont bien plus besoin de droits et de soutien que de la mobilisation de professionnels dont le métier est la guerre et non la prévention. Dans le projet national, les socialistes n’ont d’ailleurs pas retenu cette proposition. La souffrance des populations d’un département comme le nôtre est une raison supplémentaire pour faire attention aux dégâts que peuvent provoquer les mots. Je persiste à penser que les réponses passent donc à la fois par le soutien au milieu familial, l’école, l’emploi, les luttes contre les discriminations, le débat sur un modèle de société face à un modèle violent dominant.
Le ministre de l’Intérieur, jeudi, a fait une prestation incroyable : comment peut-il afficher cette autosatisfaction alors que les violences sur les personnes et les violences scolaires n’ont jamais été aussi élevées ? Comment peut-il masquer totalement la – réalité vécue sans prendre en compte, notamment, les émeutes urbaines du mois de décembre et sans essayer d’en tirer quelques conséquences ? Comment peut-il ne pas tenir compte du fait que ces émeutes sont apparues au moment où les moyens de l’école dans les quartiers populaires ont été affaiblis, où le chômage des jeunes augmentait, où la police de proximité a été démantelée, où l’État se repliait sur les centres-villes musées ? Il serait complètement idiot de ne pas reconnaître que nous avons un problème de violence, avec les mineurs délinquants, mais venir dire qu’ici c’est Apocalypse Now est un mauvais coup qui est porté : cela provoque inquiétude, envies de délocalisation, méfiance de la République et au, bout du compte, le sentiment que rien ne peut être fait. La démagogie n’est pas toujours une réponse acceptable. »

Article paru dans l’édition du 10 juin 2006. Propos recueillis pas Dominique Bègles