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Droite et CPE : plus réformateur que moi tu meurs !

CPE.JPGLe CPE est une mauvaise mesure. Ça, on a compris ! Les Français aussi. Mais ne soyons pas naïfs. Rien dans le CPE, ni sur le fond ni sur la méthode, ne relève de l’accident politique ou de la boulette électorale. Non, le CPE est au cœur de deux combats bien distincts. Le premier combat, c’est celui du projet politique. La droite est fidèle à son histoire, à sa tradition. Ses valeurs sont la compétition, la concurrence. Son credo est la production à moindre coût. Chirac/Villepin/Sarkozy aujourd’hui, Alain Juppé hier, Raymond Barre quelques années auparavant… Chacun dans son style s’accorde sur la loi d’airain du libéralisme : « Produisons toujours moins cher ; à force, les pauvres arriveront bien à consommer ! »
Avec le CPE aujourd’hui – comme avec le CIP hier – la droite expérimente sur les jeunes une sorte de transfert de sécurité : « Dessaisissez-vous de ce qu’il vous reste de sécurité professionnelle pour renforcer la sécurité des entreprises dans leurs investissements. »

Alors le voilà le combat politique : précarité et Etat minimum contre protection et République garante des équilibres sociaux.Le second combat est moins avouable. Il est pourtant évident : chacun dans son bunker, Villepin et Sarkozy s’affrontent au petit jeu du « plus réformateur que moi tu meurs ». A Matignon, Villepin. Son CPE, adopté au mépris du débat parlementaire, au mépris des partenaires sociaux, au mépris du rapport Proglio, ne poursuit qu’un objectif : ravir le thème de la « rupture » à Sarkozy. A l’évidence, la seule rupture que le Premier ministre soit parvenu à réaliser, c’est avec la jeunesse ! Place Beauvau, Sarkozy. Dans un numéro d’équilibriste, il tente le hold-up du siècle en se faisant passer pour « Monsieur sortie de crise ». Lui, le ténor du libéralisme à l’américaine ; lui, le cador des coups de com et des coups de force ; lui, pour qui le CPE n’est que le point de départ d’une société de précarisation généralisée… le voilà brusquement pourfendeur du dialogue social et défenseur du progrès social !

A l’Élysée, Chirac. Président en bout de course et à bout de souffle, il finit d’achever les institutions de la République dont il est pourtant le garant. A-t-on déjà vu, dans l’histoire de la 5ème République, un Président promulguer une loi – c’est-à-dire la rendre applicable – en demandant dans le même temps que toutes dispositions soient prises par le gouvernement afin qu’elle ne soit pas appliquée ? On croît rêver ! Au-delà du grotesque, cette attitude discrédite encore un peu plus la fonction présidentielle, la parole de l’Etat, le sens de la loi.

En soi, l’ambition n’a rien de condamnable. Elle fait partie intégrante de la vie politique. Mais lorsqu’elle prend une partie de la population en otage, menace l’équilibre social, réduit le périmètre de solidarité et fragilise les institutions de la République, elle présente un grave danger.

Chirac, Villepin et Sarkozy : par ambition, par posture, chacun à sa manière porte l’entière responsabilité de la situation dans laquelle se trouve notre pays.