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A ceux qui croient

étoile.JPG L’actualité nous le rappelle amèrement : la République est mise à l’épreuve au travers d’une de ses valeurs fondatrices, la laïcité. Manifestation anti-loi du 17 janvier, émergence d’un certain nombre d’organisations communautaires radicales, omniprésence médiatique de Tariq Ramadan que nul ne connaissait il y a encore quelques mois : Chirac et Sarkozy auraient-il ouvert la boîte de pandore ?
On peut regretter qu’un siècle après la loi de 1905, le fait religieux cristallise l’essentiel du débat public dans notre pays.
On peut regretter aussi que la France ait à légiférer dans un climat aussi passionné, aussi houleux.
On peut regretter enfin que le gouvernement ait accordé une place aussi démesurée aux éléments les plus radicaux au sein du conseil français du culte musulman, ceux-là même qui font de la religion une politique.
La droite a fait le choix d’affaiblir les partisans d’un Islam ouvert et tolérant. Malheureusement, le cri des minorités radicales couvre toujours la voix des majorités paisibles.
Dans une période trouble, il faut savoir, sans excès ni compromission, avec objectivité et tolérance, déterminer une position claire : oui, nous sommes favorables au recours à la loi comme signal fort envoyé à ceux qui, dans l’enceinte de l’école, sont confrontés à des dérives bien réelles, de quelque religion qu’elles émanent.
La différence culturelle, cultuelle, est un gage de vitalité de notre société. Parce qu’elle prend le meilleur de sa tradition, tout en s’inscrivant positivement dans le cadre de la République.
Mais dans cette dynamique, la religion doit être l’affaire privée de chacun, seule garantie de la liberté de culte pour tous. Ce principe de la République n’est pas négociable.
J’entends les inquiétudes des dignitaires religieux : que les Musulmans, Juifs et Chrétiens se rassurent, nous souhaitons une loi qui les protège. Que les extrémistes de tous poils s’alarment : ce sont eux que nous visons. Il n’est pas acceptable qu’au nom d’arrière-pensées purement politiques, des apprentis intégristes s’arrogent le droit d’envoyer des jeunes filles en première ligne pour défendre la vision qu’ils se font de la société.
Quel affreux coup porté à cette écrasante majorité de Musulmans qui pratiquent leur culte en toute sérénité. Quel terrible symbole pour celles qui, partout dans le monde, se battent pour leur émancipation.
Mais la loi ne doit être qu’une réponse partielle. En rester là, ce serait donner trop de crédit aux arguments de tous ceux que la paix dérange. Entendez-les marteler que notre pays est islamophobe, que toutes les forces politiques confondues veulent confisquer aux Musulmans leur foi.
A cela, le gouvernement a choisi de répondre par le communautarisme ethnique et religieux. A cela, il est de notre honneur de répondre par la tradition laïque et républicaine.
Pour exiger de quelqu’un le respect de ses devoirs, la société doit lui octroyer les mêmes droits. Vieille dialectique qui demeure d’actualité. Et tant que, du fait de sa religion, de sa couleur de peau ou de son quartier de résidence, les portes de l’emploi, du logement, des loisirs se fermeront plus vite et plus fort que pour les autres, les discours de fraternité sonneront creux ; les propos outranciers résonneront fort.
Il fera toujours plus chaud dans une mosquée que dans un hall d’immeuble.
Par ailleurs, nous ne sommes pas en capacité d’offrir aux enfants et aux petits enfants, la possibilité de venir se recueillir sur les tombes de leurs parents et grands parents, faute de carrés musulmans dans nos cimetières. Le droit des morts à recevoir l’hommage des vivants est un signe essentiel d’humanité. Nous devrons trouver une réponse à l’exercice de ce droit.
Enfin, une pratique religieuse est évidemment indissociable d’un lieu où la faire vivre, et d’un clergé qui puisse la dire. En cela, il nous faudra proposer des solutions en termes de financement de la construction des lieux de culte, et de formation du clergé.  Pour que l’Islam des caves cesse.
En d’autres termes, le débat sur le voile ne peut faire abstraction de l’aspect désintégrateur d’une société dans laquelle six millions de personnes subissent des discriminations au logement, à l’emploi, aux loisirs, sont l’objet privilégié des discours xénophobes, et dont les conditions de pratique cultuelle sont réduites à peau de chagrin.
Alors oui à la loi, mais seulement dans le cadre d’un projet de société qui donne à chacun le droit et l’envie de vivre ensemble.
Le voilà le double combat de la laïcité : pour la neutralité religieuse à l’école ; contre toutes les formes de discrimination, contre tous les racismes. En somme, un bon vieux combat républicain.

Tribunes Socialistes