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Les nouveaux marqueurs du Parti socialiste

ps.JPGLa gauche et la droite, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ! Poujadisme primaire ? Mauvaises intentions médiatiques ? Complexification des rites et des enjeux politiques ? Peu importe. Voilà en tous cas les termes de la dangereuse thèse qui s’érigeait en instantané de la scène politique française il y a quelques mois encore, et qui nous a tant coûté. Lorsque cette différence donne le sentiment de ne plus exister, la place est faite au règne de l’abstentionnisme, de l’extrémisme, du rejet du suffrage universel. Et que serait la gauche sans le suffrage universel ?
Depuis, il en est passé de l’eau sous les ponts. Celle des larmes de la défaite. Celle de la douche froide prise par les Français au lendemain de l’arrivée de la droite au pouvoir. Tant et si bien que, rétrospectivement, on peine encore à croire que ce débat occupait un tel espace politique tant il frisait le ridicule.
Bien sûr, notre parti a pris quelques rides. Probablement celles de la sagesse et de l’expérience de la pratique du pouvoir. Aurions-nous préféré porter celles de l’espoir sans cesse déçu ? Bien sûr, il n’est incontestablement plus le parti ouvrier que certains d’entre nous ont pu connaître il y a maintenant quelques décennies. Mais la société française se prête-t-elle encore à une réduction aussi schématique ?
Je ne le crois pas. Ce que je crois, c’est que le parti socialiste peut être fier de continuer à porter les valeurs fondatrices qui l’ont fait naître, autant qu’il doit se saisir avec audace des enjeux nouveaux qui s’imposent à notre société.
Le premier repère de la social-démocratie est le rôle de l’Etat et de ses services publics.
La formule « que le meilleur gagne » n’est recevable que dans le domaine sportif. En politique, elle a quelque chose d’insupportable, de profondément injuste. Elle prend appui sur la croyance faussement naïve que tous les hommes et femmes se présentent à égalité sur la ligne de départ.
Nous ne connaissons que trop les dangers de cette illusion intéressée, et, par conséquent, le rôle qui incombe à l’Etat pour tendre vers cette égalité.
Pas l’égalité des chances, surtout pas ! L’égalité doit être l’affaire de la République, et non celle de la chance. Pas l’égalitarisme, non plus. Le talent individuel a toute sa place dans notre philosophie. Finalement, il incombe aux Socialistes d’égaliser les conditions d’accès au bonheur.
Cela implique nécessairement de chérir les biens les plus précieux de la nation, au premier rang desquels l’école, les services publics, la protection sociale, principales balises de notre périmètre de solidarité.
A l’inverse – une année suffit à le rendre évident – la droite dessine les contours d’une société dont les Français ne veulent tout simplement pas. Une société basée sur un Etat en « service minimum », qui assure ses missions régaliennes avec un conservatisme zélé. Défense, police, justice. Pour le reste, les collectivités locales – qui le peuvent – et le marché, s’en chargeront.
La décentralisation made in Raffarin et la démagogie anti-fiscaliste made in Chirac, en sont sans nul doute les plus probantes manifestations. 
Et pourtant, non, l’impôt, ce n’est pas sale ! Bien sûr, les baisses d’impôt ciblées sur les ménages les plus modestes, lorsque la croissance le permet, sont nécessaires, pertinentes. Souvenons-nous que si le gouvernement Jospin avait baissé les impôts, c’est parce qu’ils devenaient un frein à la croissance, à l’emploi et au pouvoir d’achat, et ce, dans une configuration précise guidée par une volonté politique d’efficacité économique et de redistribution sociale.
Le danger se situe ailleurs. Dans cette idéologie anti-fiscaliste, qui fleure tellement bon la droite ! Les socialistes, eux, doivent assumer leur rapport à l’impôt. Puisque nous revendiquons la place de l’Etat dans l’épanouissement individuel et collectif, clamons haut et fort que le service public est le fer de lance de la solidarité.
De même, la question de l’emploi ne peut être laissée au libre arbitre du marché. Voyez plutôt les effets bénéfiques et néfastes que peuvent respectivement avoir la création de dispositifs d’aide à l’emploi, et la suspension de la loi de modernisation sociale, par exemple. Ou plus largement, tout l’arsenal antisocial de la droite.
L’Etat doit tenir sa place, assurer son rôle, au risque de faire passer la « main invisible » pour celle qui distribue des claques.
Au fond, jamais notre tradition keynésienne n’aura été autant d’actualité.
La deuxième clé de la social-démocratie, ce sont les avancées sociétales. Ironie du langage, elles se caractérisent d’abord par la volonté d’un recul : celui de toute forme de discrimination. Discrimination à la couleur de peau, à l’origine géographique, au territoire de résidence, à l’âge, au sexe, aux orientations sexuelles. Les Socialistes doivent être de tous les combats féministes, anti-racistes, anti-homophobes.
La lutte contre les discriminations, cancer de notre société, doit représenter un pilier de notre philosophie et de notre action. Parce qu’elles sont l’incarnation la plus brutale de l’injustice ; parce qu’elles sont le terreau privilégié de la radicalisation et du repli identitaire.
Sur les questions d’intégration, passée la surprise de voir Chirac nommer des Français issus de l’immigration maghrébine au gouvernement, nous entendons le ministre de l’Intérieur aborder cette question en donnant le sentiment qu’à l’égalité républicaine il veut substituer le traitement communautaire.
Quand une difficulté sociale se pose dans un quartier, quand des jeunes issus de l’immigration subissent au quotidien des discriminations dans leur recherche de logement, dans leur recherche d’emploi, dans leur accès aux loisirs, ce n’est pas à l’Imam du coin qu’il faut confier la réponse politique, c’est à l’ensemble de la société !
La social-démocratie doit aussi placer le combat écologique au cœur de son engagement. Et nous n’avons guère le choix. Puisque ce combat implique de faire passer l’intérêt de l’homme et de la planète avant le gain financier, qui d’autre que nous est en mesure de le porter au niveau national, européen et international ?
Alors, à nous de relever le défi de l’équilibre. L’équilibre entre intérêt national et développement durable, à travers la diversification de notre stratégie énergétique, la lutte contre la pollution de l’air, la protection de la nature, l’aménagement des territoires.
Pour le relever, la perspective internationaliste s’impose désormais comme le terrain où se gagnent les combats majeurs. C’est sur ce terrain que le Socialisme devra être en mesure de repenser l’avenir.

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