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La marche a vingt ans, l’espoir aussi

sos.JPGIl y a vingt ans, des jeunes issus de l’immigration et des quartiers populaires ont traversé la France de bout en bout pour dire leur refus de la violence et de la réclusion urbaine, et leur désir d’une France plus juste, plus fraternelle et plus égalitaire. Ce fut  un moment rare, un moment grave comme les sociétés en vivent peu. 
Après vingt cinq ans d’opposition, la gauche venait de revenir au pouvoir deux ans auparavant, avec l’élection triomphale de François Mitterrand à la présidence de la République et une majorité socialiste à l’Assemblée nationale. Tous les espoirs étaient permis, même les plus fous. Que l’on se rappelle, avec humour et nostalgie, ces manifestants qui, sous la pluie de ce 10 mai 1981, criaient « Mitterrand, du soleil… »
Ces jeunes qui ont été à l’initiative de la marche n’étaient pas des militants politiques et pour la plus plupart d’entre eux même pas associatifs. Enfants de Harkis et d’immigrés ils ont vu leurs parents se tuer à la tâche pour leur assurer un avenir meilleur que le leur. Enfants des banlieues et des quartiers populaires, ils sont la première génération « made in banlieue » à 100et ils ont vécu dans leur chaire la dégradation des conditions de vie dans ces territoires de la relégation. Ils avaient vingt ans et leur vie oscillait entre échec scolaire, manque de qualification, petits boulots, « galères », délinquance et « petits bonheurs artificiels ».
Même si tous n’étaient pas des anges, la violence sociale et sécuritaire les prenait trop souvent pour cible. En cette année 1983, et malgré les efforts et les réformes engagées par la gauche pour améliorer la vie dans les quartiers populaires, les violences et les affrontements entre jeunes et forces de l’ordre devenaient quasi-quotidiens et cette spirale infernale risquait à terme d’embraser tout le pays.
L’initiative de la Marche pour l’égalité prise par ces jeunes des quartiers populaires de la banlieue lyonnaise est arrivée à point nommé pour démontrer leur volonté de dire non à toutes les violences et à exiger de la République le respect de ses principes fondateurs avec à leur tête celui de l’égalité.
L’arrivée triomphale à Paris le 3 décembre 1983 des marcheurs entourés de plus de 100 000 manifestants a démontré, s’il le fallait encore, et malgré les premiers scores électoraux du Front National, que la France de la Fraternité et de la Solidarité n’était pas une fiction ou une légende de manuel scolaire.
La gauche au pouvoir, interpellée directement a répondu en accélérant la mise en place des politiques de rénovation urbaine, d’insertion et de prévention. Vingt après, et malgré des résultats pas toujours à la hauteur des enjeux, cette politique a fait la preuve de son efficacité, à tel point que même la droite se l’approprie en essayant de l’utiliser comme vernis social à sa politique libérale.
Cependant, la gauche politique et sociale n’a pas pris, à ce moment-là, la mesure des enjeux en cause. Nous n’avons pas su collectivement répondre à cet immense désir d’égalité et d’intégration républicaine. Malgré notre soutien réel et indéfectible au mouvement associatif, nous n’avons pas toujours réussi à en promouvoir les leaders afin qu’ils occupent des fonctions politiques et électives méritées.
Pour autant, la gauche, et le Parti Socialiste en particulier, restent aujourd’hui encore crédibles auprès de ces jeunes. Et malgré la danse du ventre que la droite développe en direction de cette jeunesse des quartiers populaires, personne n’est dupe de cette hypocrisie qui fait feu de tout bois démagogique, y compris religieux ou communautariste.
L’Egalité, brandie comme un étendard par les marcheurs il y a vingt ans, n’est pas une revendication catégorielle, c’est un idéal politique au sens noble du terme. Il est celui du socialisme démocratique depuis sa naissance au sein du monde ouvrier il y a plus d’un siècle et demi. C’est notre combat pour la dignité et la justice sociale, pour la solidarité et la fraternité entre les hommes et les femmes. Ceci est notre identité politique et c’est à nous d’agir pour convaincre cette jeunesse des quartiers populaires que leurs espérances sont les nôtres.
Oui, c’est à nous de démontrer, notamment lors des prochaines élections régionales, que vingt  ans après la marche, l’égalité est notre combat et notre horizon et que l’espoir a toujours vingt ans.

L’hebdo des socialistes